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elle touchait le tröne, et la fausse prin¬
cesse Tarakanov devait, en son étonnante
entreprise, courir plus de périls que la
fausse grande-duchesse Anastasie.
Revenons aux femmes, que négligent
les historiens et dont seuls les romanciers
S’occupent.
Un livre pénétrant et un peu eruel
d’Arthur Schnitzler: Mudame Beate et
son Ris, met en“ scène“ ünsébn de
conscience que rendent bien complexe les
surprises des sens et de la vie. M“ Beate,
veuve encore jeüne et mère vigilante, sur¬
veille avec angoisse chez son fils adoles¬
cent, Hugo, T’éveil périlleux de Ihomme.
Huge Pest épris d’une ancienne actrice,
toujours grande coquette, et qui a je
double de son äge. M% Beate s’efforce
de prévenir cette liaison, simple jen
pour la femme, péril peut-être mortel
pour T’enfant. Or il advient que
Mee Beate elle-méme se laisse ressaisir
par cette vie des sens qu'elle croyait
morte. Par surprise, elle cedle à l'un des
Tamis de son fils, et cette défaillance ne
tarde pas à la torturer de remords et
d’angoisse. Sa dignité, son autorité, sa
raison n’auront-elles point sombré défini¬
tivement dans cette défaillance? Bien
plus: elle examine, avec une sévérité nou¬
velle, ce que fut sa vie conjugale. Son
mari, un grand comédien, avait pu rem¬
plir toute son existence amoureuse uni¬
quement parce que, dans la profondeur
des nuits ou le rêve enveloppe la réalité,
eile avait vu en Jui tonjours un autre
homme, toujours un étre nouveau. Ainsi
avait-elle ern étre tour à tour Tamante
du roi Richard et de Cyrano, d’Hamlet
et de tous les antres dont i! jomait le
röle. M* Beate s’était livrée, de la sorte,
à des héros et a des scélérats, à des
elus et a d’insignes personnages. Ainsi
des existences aux calmes façades ne sont¬
elles que passion et aventures, et, bien
qu'elle n’eüt point connu d’autres hom¬
mes que son mari, Mee Beate pouvait
S’imaginer avoir vécn la plus infi¬
dele des existences conjugales. Or, voici
que de nouveau, après son venvage, elle
retombait dans la faute. D’ou l’idée obsé¬
dante chez cette pécheresse scrupuleuse
quselle était vouée au péché. Comment,
des lors, protégerait-elle son fils contre
tout ce qui pourrait l’avilir et comment
memne la mère coupable pourrait-elle
vivre quand ce fils aurait connu son
secret? Le double suicide qui fait l’epi¬
logue de ce roman n'ajoute point à son
accent dramatique. La mort volontaire on
par accidlent est un dénouement trop com¬
mode. Cette facon d’ouvrir dans la tombe
les impasses morales est aussi parlaite¬
ment usée que, jadis, la réclusion, dans
un couvent, des héroines au desespoir.
Ne faisons point d’ailleurs toute notre
sagesse avec de l’ombre. Le pessimisme,
comme l’optimisme, n’est qu’une pait. de
vérité. M. José Germain est le romancier
du sourire. Hl aime la vie et veut qu’on
aime la vie, la vie et la femme, car il ne#
sépare point les deux. Et nous le voyons
intituler Femme un roman dont les
inspiratrices ne sont ni des monstres ni
des folles. Elles sont de simples femmes,
faites de fantaisie, de charme sensible et
d’imprévu. Ce qui peut nous suffire en
somme.
Aubenie Canver.
La Princesse Torakanon, Payot, édit., 18 fr.
= Aadame Beate et 3o# fils. Traduction de
A. Hella et O. Bournae, Edit. Attinger, 12 fr.
Femme, Baudinière, Sdit., 12 fr.
Frau Beate und ihr Sohn
28 e e e e en e erete e e eteneue
12 Ocronar 1920
PILLUSTRATION.
Revenons aux femmes, que négligent
les historiens et dont seuls les romanciers
S’occupent.
Un livre pénétrant et un peu cruel
d’Arthur Schnitzler: Madame Beate et
son Mils, met en scène un débat de
conscience que rendent bien complexe les
surprises des sens et de la vie. Mue Beate,
veuve encore jeune et mère vigilante, sur¬
veille avec angoisse chez son fils adoles¬
cent, Hugo, l’éveil périlleux de I’homme.
Hugo s’est épris d’une ancienne actrice,
toujours grande coquette, et qui a le
double de son äge. Mr“ Beate s’efforce
de prévenir cette liaison, simple jeu
pour la femme, péril peut-être mortel
pour l’enfant. Or il advient que
Mie Beate elle-méme se laisse ressaisir
par cette vie des sens qu'elle croyait
morte. Par surprise, elle céde à l'un des
amis de son fils, et cette défaillance ne
tarde pas à la torturer de remords et
d’angoisse. Sa dignité, son auforité, sa
raison n’auront-elles point sombré défini¬
tivement dans cette défaillance? Bien
plus: elle examine, avec une sévérité nou¬
velle, ce que fut sa vie conjugale. Son
mari, un grand comédien, avait pu rem¬
plir toute son existence amoureuse uni¬
quement parce que, dans la profondeur
des nuits ou le réve enveloppe la réalité,
elle avait vu en lui toujours un autre
homme, toujours un étre nouveau. Ainsi
avait-elle cru étre tour à tour l’amante
du roi Richard et de Cyrano, d’Hamlet
et de tous les autres dont i! jouait le
röle. Mre Beate s’était liviée, de la sorte,
à des héros ei à des scélérats, à des
élus et à d’insignes personnages. Ainsi
des existences aux calmes façades ne sont¬
elles que passion et aventures, et, bien
qu'elle n’eüt point connu d’autres hom¬
mes que son mari, Mu Beate pouvait
S’imaginer avoir vécu la plus infi¬
dele des existences conjugales. Or, voiei
que de nouveau, après scn veuvage, elle
retombait dans la faute. D’ou l’idée obsé¬
dante chez cette pécheresse scrupuleuse
qu'elle était vouée au péché. Comment,
des lors, protégerait-elle son fils contre
tout ce qui pourrait l’avilir et comment
mème la mère coupable pourrait-elle
vivre quand ce fils aurait connu son
secret? Le double suicide qui fait l’épi¬
logue de ce roman n'ajoute point à son
accent dramatique. La mort volontaire ou
par accident est un dénouement trop com¬
mode. Cette fagon d’ouvrir dans la tombe
les impasses morales est aussi parfaite¬
ment usée que, jadis, la réclusion, dans
un couvent, des héroines au désespoir.
ArsEnie Canver.
La Priscesse Tarakanon, Payot, édit., 18 fr..
Madame Beate et son fils. Traduction de
A. Hella et O. Bournac, édit. Attinger, 12 fr.
—. Femme, Baudinière, édit., 12 fr.
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