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LES LIGRES
raze grunser Arthur Schnitzler: Madame Béate et son fils
Tarif réduit,
ment d’avance
Traduit de l'allemand par A. Hella et O. Bournac
période de tem
limitée.
Par Louis LALOY
On traite à fort
Un joli roman tragique. Joli d’une gröce]hall, il n est pas aujourd'hul de société plus
un peu molle, mais fendre, et plus tragique
régulière en ses mceurs que celle des artistes
encore dans la nonchalance aimable et le ro¬
dusthéätre: après le labeur quotidien, les joles
mantisme pour tous d’une villégiature tyro.
du foyer, et, pour finir leurs jours, une villa
lienne ou les chasseurs du dimanche se coif¬
en banlieue ou sur la Côte d’Azur, seion les
fent de chapeaux verts, et les familles attablées
faveurs de la fortune et le degré de leur suc¬
se régalent de glaces ou de café à la crème
ces. En Angleterre et en Amérique, ils se
au bord du lac ou le soir, sous la lune obliga¬
font moins remarquer encore et sont admis sans
toire, on détache les canots pour de sentimen¬
aucune difficulté dans la meilleure société: en
tales promenades. Mais l'une de ces prome¬
ces nays, c’est le cinéma qui volontiers fait
nades ne sera pas inoffensive. Selon les prin¬
scandale. Mais en Allemagne et en Autriche,
cipes de notre civilisation, elle serait mème
Il semble que le vieux préjugé qui les ht ex¬
criminelie si H'auteur ne prenait soin de faire
commimier jadis survive et soit partagé par Ies
chavirer la barque en mème temps que ces
acteurs eux-mémes, les obligeant à se singula¬
deux volontés défaillantes, pour les livrer aus
riser, à braver l’opinion, à mener la vie de
Hlots mortels ou les accueillera peut-être sur
Teurs röles, pour étonner le monde par leur
les derniers accords de Tristan et Vseult, le
hgure, sinon par leurs débauches ou leurs aven¬
fantöme d’un rei fou qui, avant eux, y voulut
tures.
périr.
II était bien de ceux-lä, celui qui chaqus
Ainsi présenté, le dénouement vous sem¬
soir donnait à la réveuse Béate l'illusion de
blera, sans doute, de convention. Mais ie ta¬
tomber dans les bras de Hamlet ou de Roméo.
lent de H'auteur, que laisse intact l’élégance ai¬
Autre séductrice de profession, cette comé¬
sée de la traduction française, sait nous y ache¬
dienne devenue baronne allemande, qui ac¬
miner par umne progression insensible, dans une
cepte avec complaisance auprès du hls l’emploi
abondance Heurie de détails familiers et une
de la semme fatole, et scandalise la mère à
suite de troubles naift ou la vertu s’effrite
plaisir. Inquiète d’abord, puis gagnée sans ie
comme un chäteau de sable. D'abord, cette
savoir par la contagion, Béate devient pensive,
circonstance atténuante, aue l'héroine est la
et une nuit, ayant trouvé dans sa chambre um
veuve d’un comédien célèbre dont elie sétait
camarade de son hls, lui cäde avec toute la
Eprise en se nwénile candeur. Bien que d’ori¬
facilité qu'on peut altendre d’une frivole sa¬
gine et d’éducation bourgeoise, elle s est ainsi
gesse à qui manquent soudain ses points d'ap¬
trouvée transportee en un monde dillusion pas¬
pui en vertus domestiques. Après quoi elle
sionnée.
ressent plusieurs petits affronts, premiers pré¬
En France, si l’on excepte les théätreuses
de Deauville et les promeneuses du music¬
sages de la profonde humiliation qui l'attend
lorsque, surprenant une conversation de son
jeune ami, elle saperçoit qusil la traite, corn¬
me elle devait le prévoir, sans grand respect.
Son hls apprend chez la femme fatale la fai¬
blesse de sa mère et en conçoit un si violent
désespoir qu'à l'un et H'autre, :1 ne reste plus
qu à partir ensemble, loin de la société hu¬
naine, pour un exil sans retour.
Wienne, aux refrains langoureux de ses val¬
ses, faisait jadis tourner la féte d’une veuve
joyeuse. Mais, à Vienne. aujourd hul, pro¬
fesse le docteur Freud, et celle-ci pourrait étre
citée en exemple, à l'un de ses cours, sur la
tentation d’(Edipe. Cest pourquoi je sais un
gré particulier à l'auteur d’avoir si habilement
évité les deux écueils de son sujet dont l’un
Stait l'emphäse et l'’autre le pédantisme, pour
nous seulement une bonne päte de petile fem¬
me, sans levain ni consistance, et les autres
comme elle incertaines, peu süres, malléables
à chaque impression du moment et se laissant
couler sur la pente du moindre effort.
II est permis de préférer des formes plus
déhnies et moins mouvantes de la vie spiri¬
tuelle. Mais I’étude des amibes n'est pas
moins intéressante pour le naturaliste que celle
des vertébrés et peut mème, lui fournir des
résultats plus nets en raison de sa simplicité
rudimentaire. Le livre de ce romancier suisse,
très agréable à lire, apporte une contribution
à ce qu'on pourrait appeler 1 étude de la psy¬
rhologie primitive.
Louis LALOV,